Mots Jazz

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Pour citer l’un des participant.s de la première éditions de notre aventure musico-littéraire qui a su révéler la logique de notre entreprise en une courte phrase choc dès qu’il a pris le micro: « Le Jazz, c’est une conversation ». Voici donc trois voix qui ont su grimper sur les notes pour chevaucher l’imaginaire sans se couper la parole.

On dira bien ce qu’on voudra, en cette aire d’hypermédiatisation, de surimpression et de divertissement surremballé, l’art de la conversation se perd et les harmonies Jazz deviennent un vrai support pour la suite dans les idées. C’est déjà ça de gagné.

« La substance du bon vieux temps »

Le bonheur c’est une perception, c’est une odeur de sainteté et de pain chaud dans le couloir d’une école où on a ri beaucoup, c’est un oubli concerté de la chose venante, c’est une insouciance obstinée et une sacralisation du lieu dans un présent éternel. Certains viendront et tenteront d’extraire la substance du coin rance en arrière du dep’ de la station service, où on été inventés autour d’une sloche des miracles d’expression vernaculaire.

Ils obtiendront une concession exclusive pour les six pieds carrés de bitume situés entre la cage à ordure et la génératrice qui ressemblait à un mini-bunker secret du gouvernement (excellent endroit pour dissimuler un tel bâtiment). Ils ont même englouti une somme considérable en recherche et développement pour fabriquer la machine à extraire « la substance du bon vieux temps » et pour retrouver les employés du dépanneur et le pompiste qui  vendait  illégalement aux jeunes artistes des petits bidons d’essence volée pour leurs scooters trafiqués (la mécanique de brousse est un art régional méconnu des lettrés peu manuels).

Le bon vieux temps ce sont ces moments  d’attention transcendante portés à  tout ce qui passe et qui n'est pas important. La glorification du futile, la déconne fertile. C’est une bulle savonneuse qu’on souffle sur les moments qu’on veut invincibiliser. Mais, pour que ça marche, il faut que les lieux où fomenter le bonheur ne soient pas désignés, mais adoptés au hasard, par élection affinitaire par amusement de l’arbitraire, Nous venons de nulle part et nous allons où nous voulons. Des lieux adoptés sans contrainte mais que l’on défendrait pour peu qu’on décide de leur de les normer et d’encarcanner les activités qui y ont librement élu domicile.

C’est pourquoi ouvrir un café auto-proclamé  « hip » est un pari plus que risqué, c’est une supercherie; à moins d’avoir un café flottant, qu’on puisse déplacer par traction d’hélicoptère, et tant qu’à y être toute une ville amovible! Mais… le v’là le remède, ultime, à l’impression de nécrose morale du déjà vu: la ville amovible.

Tom Léveillé

 

« L’autoroute »

OMG j’capote, ça faisait longtemps qu’j’étais pas sortie à s’t’heure là! C’est des autoroutes partout criss. Des autoroutes de monde, des autoroutes de chars, des autoroutes de toute. J’marche pis les rues sont grises. Ça pu l’pétrole pis ça arrête pu d’aller vite. Ça va tellement vite! En fait ça va juste assez vite. À la vitesse de l’absence, cette vitesse qui fait qu’on est là, mais qu’on a pas à y être. À la vitesse exacte qui fait qu’on a pas trop trop à cheker c’qui s’passe autour pars’qu’on à la tête ailleurs. Les corps se frôlent, mais ne se voient pas, ils ne se sentent pas, mais ils se frolent.

Shrrr Shrr Shrr

Peut-être que si ça allait un peu moins vite, on pourrait voir peut-être sentir, écouter, vivre ce frôlement. Mais peut-être qu’on pas parce que cette vitesse là on l’aime parce que ça va juste assez vite pour être ailleurs, mais moi j’trouve quand même que ça va trop vite. Si on ralentissait un peu pour voir comment que c’est rien qu’des autoroutes de toute.

Arielle

 

« Le Switch »

Quelle épopée transfigurante! Un plongeon dans le rêve de sortir l’idée de sa bulle.

Écrire demain et encadrer l’existence.

Créer la cohérence. Bio, local, cool: créer l’idéal.

Fendre et ouvrir pour donner une direction.

Garder le cap! Tout droit capitaine!

Attention au mur! Tourne, touuuurne, touuuuuuuuurne!!

Est-ce possible de pousser si fort sans ressentir le changement? Où est la fin s’il y en a une? Mais l’essence égarée et diffuse reste palpable. C’est une présence malléable et rendue irréelle par tout ce soleil. Ça me caresse et m’enveloppe. Ça me troue, me traverse et me caresse et m’enveloppe. Mais qu’est-ce? Est-ce vrai? Qui sont ils et elles? Et leurs intentions? Sommes-nous vraiment ensemble?

Cet espace est si serré. À vrai dire…je m’y sens égarée. Bousculée par des marées qui passent et ne reviennent pas assurément. Assaillie par l’angoisse, certains jours je cesse d’espérer.

La forme créée est dissoute si facilement. Je hais la gravité. Il s’agit de flotter

Camille Rose

On remet ça le 2 mars (on le sait, c’est demain) et le 13 avril pour les plus patient.e.s. ♪

Que le Jazz soit avec vous.