Première de Tródzò -Renaître-

elias

Le 8 décembre prochain, dans le cadre de la série des Mille et Un Jeudis, l’Artère présente la première du spectacle de jazz-togolais Tródzò, signifiant « renaître » en langue Éwé. Tródzò vous convie à un alliage unique de musique traditionnelle togolaise et de jazz, avec à la trompette Elias Kokou, avec qui  je me suis entrenue, à la basse Tom Tartarin, au trombone et à la voix Blaise Margail, aux percussions et à la voix Moise Matey, Parker Mah aux claviers. À l’image du parcours artistique d’Elias, qui l’a mené du Togo à Montréal, le spectacle du 8 décembre reliera les cultures à travers la musique, soit les rythmiques togolaises aux harmonies jazz.

Les compositions d’Elias s’harmonisent à des textes mélangeant la langue Éwé, parlée par la majorité togolaise, à la langue française. L’hybridation culturelle est naturelle à l’artiste, puisqu’elle a parcouru sa vie.  Elias Kokou a une histoire unique. Une histoire personnelle traversée par l’histoire collective du Togo, alors qu’il a passé son adolescence dans un camp de réfugié, entre la vie et la mort. C’est aussi à ce moment qu’il est entré en contact avec la musique, alors que des musiciens ghanéens, chanteurs, percussionnistes tambours et joueurs de vent, venaient mettre un peu de vie dans cet espace dédié à la survie. Il avait du talent le petit. Les musiciens l’ont amené en tournée où ils étaient suivis par la télé nationale. Déjà, Elias respirait mieux.

Il y a des sourires qui en disent long. On peut y lire la maturité, la curiosité envers l’autre et l’ouverture à la rencontre. Elias porte ce sourire qui me ramène en un éclair en immersion togolaise où j’ai séjourné quatre mois il y a déjà quelques années. Les Togolais ont connu la guerre et l’horreur, mais le tragique de leur passé n’enlève rien en leur foi en l’avenir. C’est ce que je retiens du Togo et l’histoire d’Elias en est l’emblème.

Elias Kokou est bien plus qu’un survivant, c’est un battant qui correspond à la définition qui me revient constamment en tête du créateur: quelqu’un qui sait composer une œuvre unique avec le matériau de la vie. Elias Kokou est aussi un porteur de message collectif -la persévérance, l’espoir et la passion peuvent faire revivre-.

Ce qui l’a fait se relever complètement de sa quasi noyade et de cette expérience de guerre? La musique, et plus précisément, un instrument : la trompette. Petit à petit, elle lui a rappelé comment respirer, elle a éveillé son système respiratoire, l’a renforcé. L’histoire a commencé avec un sentiment de bien-être procuré par la trompette, puis, elle est devenue le socle de sa guérison, finalement, elle est devenue sa passion et une raison de vivre, malgré le risque constant de persécution, malgré la mort, malgré la souffrance.

Elias est investi d’une mission :

« Ma mission est d’arriver à créer; à laisser plus de matériel pour la progéniture qui vient. Au Togo, il y a de l’énergie, et reste à diriger les jeunes et à les encadrer. Ça prend du professionnalisme pour être sur la scène internationale et permettre l’élaboration d’initiatives ».

Ce n’est donc pas pour rien que j’ai rencontré Elias dans une école secondaire, entre le cours de musique qu’il y donnait et celui qu’il allait suivre à l’Université de Montréal juste à côté. Ici, il apprend la discipline artistique nécessaire à la fondation de la pédagogie musicale qu’il veut implanter au Togo. Bien sûr, il l’adaptera à la culture organique de là-bas : il mettra la technologie et la discipline au service de la culture qu’il veut servir, celle qui lui a permis de renaître, celle qu’il veut voir fleurir sur les cendres laissées par la guerre.

Venez découvrir l’histoire d’une renaissance dans le cadre de nos Mille et Un jeudis, venez écouter un parcours unique partagé avec brio. Place au Jazz-togolais! Place à Tródzò.

 

Par: Camille Caron, cofondatrice et coordonnatrice